Coline Serreau

Inspirée par le théâtre.

11/10/2008. Opening evening 'Radio Classique' at the Theatre Mogador in ParisElle est d’abord comédienne, Coline Serreau, fille d’une grande famille de théâtre. On a pu la voir jouer du Brecht sur les planches de Chaillot, et elle fut au cinéma l’héroïne de «On s’est trompé d’histoire d’amour» (dont elle a écrit le scénario). Blessée, pathétique, et en même temps farouchement concernée par la condition féminine, puis qu’elle lui consacre un reportage-documentaire incisif : «Mais qu’est-ce qu’elles veulent?». Une galerie de portraits de femmes qui parlent, mais loin des «clichés-MLF». D’ailleurs, Coline Serreau prouve immédiatement qu’elle plane loin au-dessus des idées toutes faites avec «Pourquoi pas!» (Point d’exclamation!) Qui est à coup sûr un des grands films des années 70 : la libération sexuelle y apparaît comme une révolution tranquille, une douce utopie. Mais il n’est pas facile de nager à contre-courant du conformisme ambiant. Comédie au vitriol sur le tournage misérable d’un spot publicitaire, «Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?» n’a pas attiré les foules, déconcertées par le malentendu d’un titre-catastrophe. Et c’est la traversée du désert pour Coline Serreau, jusqu’au coup de poker de «Trois hommes et un couffin», extraordinaire «sleeper», comme disent les Américains — c’est-à-dire un succès aussi gigantesque qu’inattendu. Le «Couffin» est le film que tout te monde a vu, revu et aimé. En jouant la carte de l’attendrissement, en visant en plein dans le créneau bébé, il a pulvérisé le box-office — en attendant un remake aux USA, le nec plus ultra de la gloire. Pourtant, ce n’est qu’une petite comédie anodine, au scénario artificiel. Ré-jouissons-nous en tout cas si ces lauriers dorés permettent à Coline Serreau de se lancer à nouveau dans ce qui lui tient à cœur et de montrer ce dont elle est capable!

Pierre Jolivet

Un fantaisiste reconverti.

Avec son frère Marc, il faisait le clown au music-hall. On fit mine d’être surpris de le voir jouer un rôle hyper-dramatique, celui du héros du «Dernier combat» de Luc Besson, l’aventurier qui se bat désespérément pour survivre. Ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. Beaucoup de gens sont stupéfaits lorsque des fantaisistes comme Bourvil, Michel Serrault ou Coluche. (remernber «Tchao Pantin») trempent dans le drame psychologique ou la tragédie policière.Pierre Jolivet Comme si ce n’était pas justement le propre du métier que de savoir tout jouer! Après cette expérience, doublée d’un travail de collaboration avec Besson sur le scénario, Jolivet décida de passer à la mise en scène. Son coup d’essai, «Strictement personnel», est un polar original et attachant. Ce fut un bon succès d’estime, mais il méritait plus. Avec son «Complexe du kangourou», il sacrifie à la comédie primesautière. Malgré l’humour pince-sans-rire de Roland Giraud, malgré le charme piquant de Zabou et le glamour sensuel de Clémentine Célarié, ce petit film manque de cohérence, de punch et… de drôlerie! Qu’importe, Jolivet a prouvé de quoi il était capable. Comme beaucoup d’autres, il peut reculer pour mieux sauter. C’est ça, le cinéma.

Diane Kurys

A la recherche du temps perdu.Diane Kurys

Une boisson pétillante, revigorante, d’un vert opalescent : le «Diabolo-menthe» bien sûr! A l’image de son auteur à la blonde frimousse, Diane Kurys — comédienne d’origine, elle aussi. Dans ce film nostalgico-lucide, elle raconte son adolescence, ses premiers émois, au temps de Salut les Copains, des premières surprises-parties et de la guerre d’Algérie. Souvenirs-souvenirs du lycée, de la grande sœur, des amies et des flirts timides : beaucoup s’y sont reconnus puisque le film a marché très fort, tant il est vrai qu’on aime retrouver le temps perdu et qu’« il est toujours joli le temps passé», comme chante Brassens. Continuant sur cette lancée, Diane sauta de 62 à 68 pour chanter le joli mois de mai des barricades et de la contestation : «Cocktail Molotov». Titre explosif pour un film qui ne l’est guère, son trio de jeunes gens s’en allant sous d’autres cieux, ceux de l’Italie touristique, pendant qu’a Paris d’autres refont le monde. L’équipée n’est pas très convaincante, mais elle a au moins le mérite de faire découvrir François Cluzet, un des meilleurs acteurs de sa génération. Retour aux années 40, aux jours sombres de l’Occupation, avec «Coup de foudre». Ce coup de foudre, ce sont deux femmes qui l’éprouvent l’une pour l’autre, et ce sera plus qu’une amitié entre Miou-Miou et Isabelle Huppert, femmes mariées et mères de famille qui s’ennuient dans cette France de l’après-guerre, celle des 4CV et de Jean Nohain. Coiffures, vêtements, meubles, voitures, c’est encore une fois la reconstitution d’une époque, même si on n’y retrouve pas la grâce et la verve de «Diabolo-menthe», comme si les miracles n’arrivaient qu’une fois.