Coline Serreau

Inspirée par le théâtre.

11/10/2008. Opening evening 'Radio Classique' at the Theatre Mogador in ParisElle est d’abord comédienne, Coline Serreau, fille d’une grande famille de théâtre. On a pu la voir jouer du Brecht sur les planches de Chaillot, et elle fut au cinéma l’héroïne de «On s’est trompé d’histoire d’amour» (dont elle a écrit le scénario). Blessée, pathétique, et en même temps farouchement concernée par la condition féminine, puis qu’elle lui consacre un reportage-documentaire incisif : «Mais qu’est-ce qu’elles veulent?». Une galerie de portraits de femmes qui parlent, mais loin des «clichés-MLF». D’ailleurs, Coline Serreau prouve immédiatement qu’elle plane loin au-dessus des idées toutes faites avec «Pourquoi pas!» (Point d’exclamation!) Qui est à coup sûr un des grands films des années 70 : la libération sexuelle y apparaît comme une révolution tranquille, une douce utopie. Mais il n’est pas facile de nager à contre-courant du conformisme ambiant. Comédie au vitriol sur le tournage misérable d’un spot publicitaire, «Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux?» n’a pas attiré les foules, déconcertées par le malentendu d’un titre-catastrophe. Et c’est la traversée du désert pour Coline Serreau, jusqu’au coup de poker de «Trois hommes et un couffin», extraordinaire «sleeper», comme disent les Américains — c’est-à-dire un succès aussi gigantesque qu’inattendu. Le «Couffin» est le film que tout te monde a vu, revu et aimé. En jouant la carte de l’attendrissement, en visant en plein dans le créneau bébé, il a pulvérisé le box-office — en attendant un remake aux USA, le nec plus ultra de la gloire. Pourtant, ce n’est qu’une petite comédie anodine, au scénario artificiel. Ré-jouissons-nous en tout cas si ces lauriers dorés permettent à Coline Serreau de se lancer à nouveau dans ce qui lui tient à cœur et de montrer ce dont elle est capable!

Pierre Jolivet

Un fantaisiste reconverti.

Avec son frère Marc, il faisait le clown au music-hall. On fit mine d’être surpris de le voir jouer un rôle hyper-dramatique, celui du héros du «Dernier combat» de Luc Besson, l’aventurier qui se bat désespérément pour survivre. Ce n’est pas la première fois qu’on nous fait le coup. Beaucoup de gens sont stupéfaits lorsque des fantaisistes comme Bourvil, Michel Serrault ou Coluche. (remernber «Tchao Pantin») trempent dans le drame psychologique ou la tragédie policière.Pierre Jolivet Comme si ce n’était pas justement le propre du métier que de savoir tout jouer! Après cette expérience, doublée d’un travail de collaboration avec Besson sur le scénario, Jolivet décida de passer à la mise en scène. Son coup d’essai, «Strictement personnel», est un polar original et attachant. Ce fut un bon succès d’estime, mais il méritait plus. Avec son «Complexe du kangourou», il sacrifie à la comédie primesautière. Malgré l’humour pince-sans-rire de Roland Giraud, malgré le charme piquant de Zabou et le glamour sensuel de Clémentine Célarié, ce petit film manque de cohérence, de punch et… de drôlerie! Qu’importe, Jolivet a prouvé de quoi il était capable. Comme beaucoup d’autres, il peut reculer pour mieux sauter. C’est ça, le cinéma.

Diane Kurys

A la recherche du temps perdu.Diane Kurys

Une boisson pétillante, revigorante, d’un vert opalescent : le «Diabolo-menthe» bien sûr! A l’image de son auteur à la blonde frimousse, Diane Kurys — comédienne d’origine, elle aussi. Dans ce film nostalgico-lucide, elle raconte son adolescence, ses premiers émois, au temps de Salut les Copains, des premières surprises-parties et de la guerre d’Algérie. Souvenirs-souvenirs du lycée, de la grande sœur, des amies et des flirts timides : beaucoup s’y sont reconnus puisque le film a marché très fort, tant il est vrai qu’on aime retrouver le temps perdu et qu’« il est toujours joli le temps passé», comme chante Brassens. Continuant sur cette lancée, Diane sauta de 62 à 68 pour chanter le joli mois de mai des barricades et de la contestation : «Cocktail Molotov». Titre explosif pour un film qui ne l’est guère, son trio de jeunes gens s’en allant sous d’autres cieux, ceux de l’Italie touristique, pendant qu’a Paris d’autres refont le monde. L’équipée n’est pas très convaincante, mais elle a au moins le mérite de faire découvrir François Cluzet, un des meilleurs acteurs de sa génération. Retour aux années 40, aux jours sombres de l’Occupation, avec «Coup de foudre». Ce coup de foudre, ce sont deux femmes qui l’éprouvent l’une pour l’autre, et ce sera plus qu’une amitié entre Miou-Miou et Isabelle Huppert, femmes mariées et mères de famille qui s’ennuient dans cette France de l’après-guerre, celle des 4CV et de Jean Nohain. Coiffures, vêtements, meubles, voitures, c’est encore une fois la reconstitution d’une époque, même si on n’y retrouve pas la grâce et la verve de «Diabolo-menthe», comme si les miracles n’arrivaient qu’une fois.

Gérard Krawczyk

Un pastiche, pour commencer…Gérard Krawczyk

Quelle surprise admirative lorsqu’on découvrit cet étonnant court métrage inspiré d’une nouvelle de Woody Allen, «The subtle concept». Il y avait un détective privé, imper et chapeau mou, dans un bureau miteux, sa fenêtre donnant sur les néons de Manhattan. La musique, les cadrages, les éclairages, tout ressemblait si parfaitement à une série noire hollywoodienne des années 40 que chacun s’y trompait. Et pourtant c’était un film de fin d’études de ‘Idhec, signé Gérard Krawczyk. Confection 100ù hexagone. Le pastiche était parti. Krawczyk le surdoué signa encore un court métrage humoristico-policier, «Homicide by nigth», avant de se lancer dans la dangereusement adaptation du fameux roman de Ben Hecht, « Je hais les acteurs ». Scénaristes réputé d’Hollywood, Ben Hecht avait écrit ce bouquin impitoyable un peupour se venger des nababs et autres agents des grands studios. Le ton est mordant, les cibles transparentes, les situations irrésistiblement drôles. Et alors, il s’est passé ce qui se passe toujours lorsqu’un réalisateur s’empare d’un livre fétiche : les administrateurs de celui-ci s’empressent aussitôt de dénigrer le film qui en est tiré. C’est ainsi que «Je hais les acteurs», n’a pas reçu l’accueil mérité. La comédie bizarroïde sort trop des sentiers battus et pourtant Gérard Krawczyk a fait du bon travail, et ses acteurs sont épatants.

Jacques Doillon

Jacques DoillonLe clinicien des couples.

C’est François Truffaut qui nous l’a présenté par un article dans Pariscope, où il reconnaissait comme membre de sa famille l’auteur des «Doigts dans la tête». «Petit films, comme on dit, en noir et blanc, ce coup d’essai était et reste (il tient remarquablement bien le coup) comme une oasis rafraîchissante dans le cinéma français. Parce que ses jeunes acteurs semblaient pris sur le vif, on s’empressa de rattacher Doillon à une nouvelle école du naturel. Horrible malentendu! En fait, si étonnant que cela puisse paraître, il venait du film «militant» («L’An 01») et allait se tourner immédiatement vers le psychodrame intime. D’abord, «La femme qui pleure», avec la si émouvante Dominique Laffin. Une affaire de couple et de triangle, pas comme sur la scène d’un théâtre, mais comme pouvaient la vivre des jeunes gens des années 70. En voyant le film, on s’y connaît encore. Jacques Doillon conquit un public plus large avec «La drôlesse», grâce à sa présentation au Festival de Cannes, où il ne recueillit pourtant qu’un prix de consolation inventé pour la circonstance. Qu’importe! L’histoire de la fillette enlevée et séquestrée par un simple d’esprit, brodée sur un fait divers découvert dans le journal, avait tout pour émouvoir : l’amour balbutiant de ces êtres handicapés, de ces enfants maladroits, c’est du COUSU main pour les cœurs sensibles. N’empêche, c’était aussi du grand cinéma. Et quand Doillon, entre-temps, adapte le best-seller de Joffo «Un sac de billes» c’est encore un exercice de mise en scène, de maîtrise de l’espace, de direction attentive des acteurs. L’événement décisif est la rencontre de Jane Birkin, dont il fait sa «Fille prodigue», épure dramatique de la frustration amoureuse entre une jeune femme et son père, admirable Piccoli. L’angoisse secrète de Jane, longtemps dissimulée sous une image frivole, entre en osmose avec l’inspiration tourmentée de Jacques Doillon. L’insuccès commercial de «La fille prodigue» l’empêche de tourner pendant longtemps, si ce n’est quelques travaux télévisuels. Le temps qu’il faut pour monter un projet ambitieux, fatalement destiné à déplaire : «La pirate». A Cannes, ce sera la curée. Immédiatement, le réalisateur tournera «La vie de famille», consacré (encore) aux rapports père-fille, avec Sami Frey. Et puis, avec «La tentation d’Isabelle», c’est de nouveau l’observation clinique du couple en crise. Avec Sandrine Bonnaire, Michel Piccoli et Sabine Azema, Doillon a ensuite réalisé «La puritaine», un coup de foudre pour beaucoup au Festival de Venise 1986. Et aussitôt, cet homme qui désespérait de refaire un jour du cinéma a enchaîné avec «Comédie !», qu’il vient d’achever avec Jane Birkin et Alain Souchon. Doillon est à coup sûr à coup sûr un de nos cinéastes les plus importants. On aimerait parfois qu’il se libère de ses démons, qu’il revienne à ses premières amours, qu’il échappe à la tragédie perpétuelle. Mais il a l’obstination opiniâtre de ceux que rien ne distrait de leur voie — une démarche qui nous a quand même valu plusieurs chefs-d’œuvre.

La chevauchée des sept mercenaires

La chevauchée des sept mercenairesChris est shérif, Jim est Marshall. L’action trépidante se passe entre deux bleds paumés de l’Arizona. Nos deux héros cherchent à se venger du mal que leur a fait une bande de hors-la-loi. Ils s’associent pour venir à bout des méchants en écumant saloons, prisons et bouges mal famés. «La chevauchée des sept mercenaires» s’inscrit dans la lignée des grands westerns classiques comme on les aime, manichéens à souhait. Lee Van Cleef est parfait dans son rôle de shérif désabusé et vengeur. On appréciera au passage l’apparition de Stefanie Powers, la Jennifer des justiciers milliardaires dans «L’amour du risque», qui a perdu ici son Jonathan Hart, mais fait craquer les cow-boys de l’Ouest. Un bon western. Jeunes ou pas, placides ou écorchés, débutants ou déjà confirmés, ils sont le nouveau souffle du cinéma français. Des réalisateurs au style incisif qui tournent — avec bonheur — le dos aux conventions. Désormais, il faudra compter avec eux.

Richard Dembo

Richard DemboLe goût I du challenge.

Voilà encore un lauréat des Oscars californiens qui n’avait pas été prophète en son pays. Film autour du jeu d’échecs et non sur les échecs, sa «Diagonale du fou» n’avait pas attiré les foules. Elles avaient bien tort, ces foules inertes… Car on peut, sans être un grand maître des 64 cases noires et blanches, se passionner pour le duel titanesque entre les deux champions, et pour l’hallucinant background psychologique, pathologique et politique, qui accompagne leur tournoi. Les connaisseurs auront pensé au match de Baguio entre Kortchnoï et Karpov, les autres auront découvert tout ce qui se joue au-delà des parties apparemment anodines. Car l’un des champions est un Soviétique orthodoxe, l’autre un dissident. Le jeu devient une lutte à mort, l’échiquier un champ de bataille, le chantage et l’intimidation s’insinuent au cœur de la formidable concentration des cerveaux. Et entre les deux hommes, plus forte que la haine, subsiste cette complicité invisible des meilleurs joueurs. Dernière séquence : le plus jeune retrouve à l’hôpital celui qui fut son maître, et ils se lancent dans une ultime partie aveugle. Alors, on comprend ce que sont les échecs. Bravo, Dembo!

Sale temps pour un flic

Sale temps pour un flicRevoici l’invincible Chuck Norris dans le rôle du sergent Cusack, qui commande une brigade anti-drogue. Il est sur le point de mettre la main sur le gang Comacho, qui organise le trafic de la filière colombienne, lorsque la bande rivale de Tony Lune intervient, et c’est le massacre… La guerre des gangs reprend de plus belle. Comacho et ses fidèles suivent la fille de Luna, Diana, que le noble et généreux Cusack veut protéger à tout prix. Pendant ce temps, un de ses hommes est accusé d’une bavure, et Cusack doit témoigner contre lui. Mis en quarantaine par ses collègues, il sera seul contre tous pour délivrer la belle Diana, qui a été enlevée par les hommes de Comacho. Aussi expressif qu’un bloc de granit, Chuck Norris s’en ira affronter le chef des Comacho (le terrifiant Henry Silva, que les cinéphiles connaissent bien), non sans trucider au passage une copieuse fournée de malfrats pour leur apprendre à vivre. Une fois encore, il est vainqueur par KO et il a sa conscience pour lui. Que voudriez-vous de plus ?

Bleu comme l’enfer

Frank, un flic pas très net (TchekyKaryo) colle aux basques d’un petit malfrat, Ned (Lambert Wilson), pour une escroquerie de rien du tout. Ce qu’il ne sait pas, c’est que Ned va partir avec Lily (Myriem Roussel), la poulette légitime du poulet ! Et ceci suries bons conseils de Carole, garce professionnelle, interprétée avec talent par la toute charmante Agnès Soral.Bleu comme l'enfer « Bleu comme l’enfer» est tiré d’un roman de Philippe Djian, auteur de «372 le matin ». Djian, écrivain sombre et magnifique, est donc difficile à adapter au cinéma qui, pourtant, ne semble avoir d’yeux que pour lui en ce moment. Si Beineix s’est relativement bien sorti de l’adaptation de «372», Boisset, lui, a pêché par excès de style et d’interprétation. Poussés aux limites du ridicule, les personnages ne trouvent ni le ton ni les gestes justes. Pourtant l’image est léchée, les plans se succèdent à un rythme bleu comme l’enfer. C’est d’autant plus regrettable que le ton de ce polar légèrement décalé et quelque peu irréel était novateur par rapport aux légions de polars classiques et sans imagination. Un enfer où le diable ne reconnaîtra certainement pas ses petits ! Dommage…

Les loups entre eux

Un général de l’Otan est kidnappé par une mystérieuse organisation et retenu prisonnier au sommet d’une falaise. Un commando de mercenaires super-entraînés est chargé de le délivrer. Cela rappelle étrangement salopards et mercenaires portés sept à douze fois à l’écran sans compter leurs succédanés pâlissimes. A part quelques variantes de scénarios, les ficelles sont les mêmes. Et, ici, la brochette de mercenaires est sévère : Brasseur, Darmon, Anglade, Donnadieu, Arestrup… rivalisant de sales gueules et de regards noirs. Acrobaties en tous genres, entraînement de commando, pif-paf comme dans les BD (ne manquent que les bulles)… Ça cogne fort et ces loups ressemblent davantage à des singes de cirque qu’à des nobles bêtes sauvages.Les loups entre eux La distribution – pourtant prestigieuse – faiblit quelquefois, on croit assister à un défilé de talents qui se poussent les uns et les autres en occupant le maximum de centimètres carrés sur l’écran. L’intrigue est tellement réchauffée qu’elle laisse froid. En somme, un film un peu bâclé, pas très attachant et très bruyant. Néanmoins un film d’action.

Traitement mortel

Traitement mortelLes Américains appellent ça des «whodunit»… Un tueur mystérieux assassine à tout va et de la manière la plus sadique. Le spectateur est du côté des victimes et assiste à l’hécatombe, le plus souvent dans l’indifférence la plus complète. Dans «Traitement mortel», contrairement à mille et un nanars sanglants style «Vendredi 13», Don Carrnody s’attache d’abord à décrire les problèmes d’un couple en crise. Et l’assassin dément qui rôde dans la ville ne commet d’abord ses méfaits qu’en arrière-plan. Petit à petit, on sent que ce mari et cette femme sont intimement liés au tueur fou. Mais comment ? Et qui est le tueur ? Est-ce elle, la blonde épouse au corps sculptural et à la fortune colossale, qui ne supporte plus que son mari la touche ? Est-ce lui, qui boit beaucoup et est saisi d’irrépressibles et soudains accès de colère, mais surtout qui est régulièrement victime de moments d’amnésie totale ? Peut-être est-ce la psychiatre que l’un et l’autre consultent séparément pour tenter de résoudre leur mésentente sexuelle? Ou est-ce la belle et inquiétante jeune femme dont la profession est de donner, par les fantasmes les plus torrides, une nouvelle jeunesse aux mariages qui s’essoufflent. Dans ce rôle de maîtresse, la brune Carole Laure prodigue des merveilles de sensualité et de perversité. On aurait presque envie d’une consultation à domicile !

Money movers

Money moversAprès le succès («endermercies») et l’échec («King David»I américains, l’Australien Bruce Beresford est revenu au pays pour réaliser ce polar très inspiré par le modèle yankee. Au lieu des habituels banques ou salles des coffres de casino, Beresford a choisi l’attaque des fourgons blindés, s’inspirant du fait divers réel : une double et tragique attaque de convoyeurs de fonds. Bruce Beresford, pour réaliser ce policier inhabituel dans le cinéma australien, a fait appel à des collaborateurs de talents : Alf Joint (qui travailla sur les premiers «James Bond» et les «Superman») pour les cascades, et Don McAlpine (collaborateur habituel de Beresford, mais aussi de Paul Mazursky sur des films comme « Moscou à New York», ou de Paul Newman sur «L’affrontement»), pour la photographie. Le résultat est techniquement soigné et sert une mise en scène très nerveuse et ponctuée de scènes d’action spectaculaires. Mais, en lui-même, le scénario n’a rien de transcendant et «Money movers» rejoint la plupart des films racontant des hold-up complexes, avec poursuites automobiles.

La trahison se paie cash

La trahison se paie cashMusclé, carré, têtu et puissant… le héros de «La trahison se paie cash». Un joueur professionnel, devenu patron de bar, est attaqué par un inconnu à coups de revolver, puis agressé et jeté en prison par un policier. Quand il sort, il est décidé à se venger et à dénouer ce nœud de vipères auquel il ne comprend rien. Ce héros à la mâchoire crispée, c’est Joe Don Baker, sorte de molosse très populaire outre-Atlantique, grand spécialiste du héros musclé et armé. On sent que le brave garçon louche dangereusement sur le Eastwood de «L’inspecteur Harry», mais sans succès. A l’image de l’acteur, le personnage central de «La trahison se paie cash» est bien pâle ! Tout, l’intérêt du film réside dans la manière dont Phil Karlson sait, une nouvelle fois, pallier un manque de moyens évident par une ingéniosité de scénario et de mise en scène. Il réussit à donner à son thriller policier un séduisant parfum d’action, de tragédie et de dénonciation de la corruption du pouvoir. Tant de talents transforment un ordinaire film de série en une insolite et puissante œuvre d’auteur.

Dreamlover

Dream loverÉtudiante au Conservatoire de musique, Kathy (Kristy McNichol) est assaillie par des cauchemars qui la poursuivent même quand elle est éveillée. Une nuit, elle est attaquée par un maniaque qui menace de la violer. En se débattant, elle le poignarde et le tue. Le père de Kathy lui enjoint dune rien dire à la police… Dès lors, elle va revivre la scène dramatique de l’agression dans tous ses cauchemars, perdant peu à peu la notion du réel. Elle refuse la psychanalyse, mais rencontre un chercheur spécialiste du sommeil et des rêves, qui va faire avec elle une découverte surprenante… Voici du fantastique psychologique qui a beaucoup plu aux jurés du Festival d’Avoriaz 86, puisqu’ils lui ont donné le Grand prix. C’est beaucoup d’honneur pour ce récit répétitif, ennuyeux et même… soporifique ! Pakula s’attache surtout à garantir la crédibilité de ses hypothèses «scientifiques», et Kristy McNichol en fait trop, en névrosée œdipienne, pour être vraiment convaincante.

Le spectre de la peur

Les Américains raffolent de ce genre d’anthologie, en général un montage d’extraits de films présentés par un ou deux acteurs qui récitent leur speech. Outre que le thème (l’épouvante) est d’une grande richesse, il y a ici un effort estimable de recherche dans le montage, très travaillé, des morceaux choisis et dans la présentation : Donald Pleasence et Nancy Allen, qu’on a vus tous deux dans des films fantastiques, sont dans une salle parmi des spectateurs plus glauques que ceux de «La dernière séance ». Bien sûr, les mêmes films reviennent à plusieurs reprises, mais jamais gratuitement : il y a même une dramaturgie nouvelle dans cette succession de scènes-chocs. Et puis on aura toujours autant de plaisir à revoir telles images de «Psychose», de «Phantom of the paradise», de «Massacre à la tronçonneuse», et les amateurs découvriront quelques bribes de raretés (par exemple, «Konga», ce chef-d’œuvre ringard). Dommage que le commentaire ne soit pas à la hauteur.

Re-animator

Re-animatorUn an à peine, et c’est déjà une légende ! Découvert à Cannes au Festival 85, immédiatement révélé par le Prix très spécial, Grand prix du Festival de Sitges, film-culte aux USA dès sa sortie, «Re-animator» est incontestablement le must du gore. Le scénario s’inspire d’une nouvelle de Lovecraft dont le héros, un étudiant en médecine complètement barjot, a inventé un sérum qui redonne vie aux cadavres… Une idée lumineuse, qui permet ici un véritable déchaînement comico-horrifique. Le «Re-animator» s’en donne à cœur joie, ranime un chat mort qui devient fou furieux, écume la morgue. Un professeur veut lui voler l’invention, on s’entretue, on s’entre-ressuscite, les zombies en folie envahissent le campus, c’est le délire, et surtout c’est le mariage de l’épouvante, du burlesque et du sexe. Le dénouement atteint des sommets inégalés : il faut le voir pour y croire ! Et la vidéo c’est encore mieux pour le gore : arrêts sur l’image, retours rapides. à vous de jouer avec vos télécommandes ! Abominable, non ?

Réincarnations

RéincarnationsGary A. Sherman est un des jeunes réalisateurs américains spécialisés dans le film d’action musclé. Après un «Métro de la mort» très sanglant et un policier très musclé intitulé « Descente aux enfers », voici ce « Réincarnations» qui ne lésine pas sur les effets spéciaux horrifiques. Une paisible bourgade californienne plonge dans le cauchemar lorsque les morts reviennent à la vie pour agresser les vivants. Même si le scénario est signé par le tandem Ronald Shusett-Dan O’Bannon à qui l’on doit le très «premier degré» «Alien» (Dan O’Bannon a aussi réalisé un très tonique «Retour des morts vivants»), «Réincarnations» joue la carte de l’ambiguïté. Où le héros se situe-t-il ? Dans le réel ou le fantastique ? Dans le monde des vivants ou dans celui des morts ? Peu de thrillers d’épouvante parviennent à préserver cette subtilité d’approche toutes gardant leur complète efficacité dans les scènes d’action et de suspense. Dans la lignée des John Carpenter ou des Brian de Palma, Gary A. Sherman est un talent à surveiller.

Runaway, l’évadé du futur

Michael Chrichton est un homme de lettres et de sciences passé au cinéma. Ses scénarios sont toujours soigneusement construits autour d’un postulat scientifique. Chrichton aime dénoncer. Selon lui, l’homme joue à l’apprenti-sorcier avec les robots («Mond-west»), avec la vente d’organes humains («Morts suspecte»), avec les nouvelles images («Looker») et maintenant avec la micro-informatique («Rusa-way« ). Dans un futur très proche, le sergent Jack Ramsay est chargé de mettre hors d’état de nuire les robots domestiques déréglés, qui prennent des initiatives dangereuses. Dans sa chasse, Ramsay découvre qu’un savant fou et mégalomane nommé Luther glisse des puces dans les machines Our les transformer en engins meurtriers…Runaway, l'évadé du futur Le scénario n’est pas le plus subtil que Michael Chrichton ait imaginé, mais le cinéaste s’est réservé quelques moments de suspense particulièrement spectaculaires et éprouvants pour les nerfs : Ramsay fuyant devant des micro missiles thermo guidés ou coincé dans un élévateur d’immeuble en construction et ana-que par des araignées électroniques et mortelles. Préparez-vous donc à bondir sur votre fauteuil. Amusant et palpitant comme une bande dessinée de science-fiction, naïve et roublarde, «Runaway, l’évadé du futur» est mené avec l’humour et l’efficacité qu’on lui connaît par… Tom Selleck, alias Magnum.

Horror terminal

«Horror terminal» a toute une histoire derrière lui… A l’origine, il y a un téléfilm en deux parties de 200 minutes, adaptant le best-seller de Stephen King «Salem» («Salem’s lot»).Horror terminal En France, nous avons pu voir, sur les écrans, une version cinéma du film (ne durant que 112 minutes, mais contenant des plans de violence plus explicites et absents de la version TV), sous le titre «Les vampires de Salem». La cassette, qui nous est présentée sous le titre «Horror terminal» le réalisateur Tobe Hooper (et non Denis Hooper, comme l’indique injustement la jaquette de la cassette) est un grand spécialiste du fantastique d’épouvante. On lui doit «Massacre à la tronçonneuse», «Le crocodile de la mort», « Massacre dans le train fantôme», «Poltergeist», «Lifeforce», «L’invasion vient de Mars» et, très prochainement, «Massacre à la tronçonneuse 2» ! Ici. il oublie son goût pour le gore et la violence ouverte pour créer une très efficace et très subtile atmosphère macabre et envoûtante. La ville de Salem est frappée par une malédiction u : un vampire y exerce sa noire domination. Un écrivain à succès (interprété par David Soul, le blond Hutch du feuilleton «Starsky et Hutch») et un jeune homme décident de combattre le vampire et son « âme damnée» interprétée, avec une époustouflante maestria, par James Mason.